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Ces gens là ne savent pas encore qu'une militante vient juste de naître ! Je suis la petite dernière d'une série de filles (quatre dont une, la deuxième, décédée entre temps) et c'est la faute à capote poreuse si je suis née. Mais franchement, sur ce coup là, je ne lui en veux pas ! Je ne suis pas le garçon espéré ou presque… ( lol ) Pourrait-on expliquer que je suis devenue lesbienne parce je suis née la dernière d'une famille de filles et que mes parents voulaient un garçon ? Les psys pourront y croire, moi pas. Je sais très bien que mon amour des femmes est tout simplement naturel. De toute façon, la théorie est un peu simpliste parce que si on veut aller encore plus loin, j'ai failli naître dans les choux… Ma mère a eu ses contractions au potager !!! D'ailleurs de chou, je n'ai gardé que la tête ! Mes parents, qui ont connu la galère comme la plupart, commencent à récolter les fruits de leur travail. Je suis née riche héritière et pourtant, je passe mon temps à fuir le fric. J'ai toujours préféré ma liberté à la réussite sociale. Pour moi, la seule richesse de ma vie, sont les liens que je tisse au fil du temps. Mon père est rigide comme un militaire qu'il a été, son père est fonctionnaire, sa mère infirmière. Au regard de notre société, ce sont des gens comme il faut… !?! Et ils le revendiquent. La famille de ma mère est une tribu de saltimbanques et évidemment, je penche de ce côté-là ! Mais nous ne connaissons pas cette branche familiale (truffée d'homos comme par hasard !). Je suis éduquée par une bonne morale mais je n'aime pas ça du tout et je me rebelle contre mon père et sa famille. (Mes parents sont souvent en voyage et je suis élevée par mes grands-parents paternels et je passe mes vacances chez ma tante.). Heureusement, je suis la chouchou de ma mère et je peux compter sur la solidarité de mes sœurs… enfin quand c'est nécessaire sinon, elles m'ont mis quelques raclées, ces salopes, parce que j'étais la chouchou à sa maman ! Dans les grandes lignes, je me souviens que je jouais à la guerre avec les garçons et que je protégeais mes princesses. Comme quoi, il n'y a pas de fumée sans feu, je vous l'ai dit ! ) J'étais du genre la reine des conneries… histoire de me faire remarquer. J'ai quelques flashs assez sympathiques. Ma mère est libérale sur mon éducation, elle ne m'a jamais imposé de mettre des robes… sauf une fois pour le mariage de ma sœur aînée. Qui a lu «Beignets de tomates vertes» sait déjà ce que j'ai fait. J'ai dix ans et je n'ai pas encore lu ce livre mais j'ai vécu la même scène qu' Idgie (mon héroïne lesbienne préférée). Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette merveilleuse histoire, je vous explique…: J'étais déguisée, c'est exactement le terme approprié «déguisée», pendant toute la cérémonie. A peine arrivée à la maison, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai enfilé mon jean le plus pourri (pourquoi faire dans la demie mesure ?) et je suis revenue en plein repas de noces comme ça. Y'a eu un petit scandale, mon père a gueulé, je n'ai pas cédé. Ma mère a soupiré : «Tu ne la feras pas changer.» Et j'ai gagné. Comme j'étais bien lancée ce jour là, j'ai continué mes conneries en fumant ma première clope. Avec les neveux de mon nouveau beau-frère, on avait repéré un jeune couple dans une voiture, entre deux bisous, ils fumaient. Et nous, on récupérait les mégots qu'ils jetaient par la fenêtre. J'ai fait pas mal de conneries de ce genre et j'ai souvent été punie. Ça, je ne l'ai pas oublié. Je n'étais pas du tout une petite fille sage. J'étais une sale gosse, un vrai petit garçon manqué comme on dit ! Je ne peux pas quitter l'enfance sans évoquer mon premier coup de cœur pour une fille. Ce serait bien dommage pour une grande amoureuse comme moi. A ce premier coup de cœur d'autres suivront plus tard, bien plus tard...C'est la fille du patron de mon père, je ne lui donne pas de nom, elle est certainement mariée avec des enfants et je veux éviter tout scandale. D'autant plus qu'il n'y a rien eu de si érotique entre nous, nous avions sept ans ou guère plus. C'était le jour de son anniversaire et j'aurais tout fait pour briller à ses yeux. Fanfaronne que je suis déjà, je veux lui montrer comme je suis dégourdie sur un vélo et je fais des tours, elle rit, elle applaudit et moi je jubile. Je passe une fois sans les mains, une fois sans les pieds, une fois sans les mains et les pieds et une dernière fois, j'atterris dans le rosier. C'est vrai que ça fait très petit coq ce souvenir mais bon… on ne se refait pas. J'ai besoin de briller dans les yeux des filles ! Ce sont ces souvenirs qui nous font sourire bien plus tard quand on s'assume telle qu'on est.