« J 'ai rédigé ce texte pour la radio locale RTS, il a été diffusé sur les ondes pendant la semaine culturelle précédent la Marche 2002 » Un peu d'histoire... Les origines : 27 juin 1969 Ce jour-là, la police fait une descente au Stonewall Inn, un bar fréquenté par les homos à New York (Christopher Street). Opération courante en ces années de répression et de discriminations ouvertes, mais qui, cette fois-là, tourne à l'émeute. Les clients du bar se révoltent contre cette nouvelle humiliation avec une violence et une rage qui feront date. Pour la première fois, les homosexuels brisent le silence et s'affirment dans leur visibilité. De ce jour, naît le mouvement de revendication des droits des homosexuel(le)s aux Etats-Unis. Il s'étend très rapidement en Europe et en France. C'est cet événement que nous célébrons chaque année au mois de juin. Mouvement de visibilité et de fierté, la Lesbian & Gay Pride est un événement communautaire représentatif de toutes les homosexualités. C'est pour cela que les "cuirs", les "camionneuses", les "BCBG" ou les "folles", y ont leur place pleine et entière. C'est pour cela aussi qu'elle se veut fédératrice des associations, des établissements et des individus quelle que soit leur orientation sexuelle. La Lesbian & Gay Pride est aussi un moment de fête, une marche pour l'affirmation du plaisir. Cette joie de vivre affichée permet de briser le cliché d'une homosexualité fatalement malheureuse. Cette visibilité massive et joyeuse dans les rues de nos villes a pour mission de rassurer tous ceux et celles qui se sentent encore mal par rapport à leur orientation sexuelle. Le mouvement associatif en France En France, la vague de libération sexuelle de mai 68 a favorisé la création d'associations homosexuelles comme le Groupe de Libération Homosexuel (GLH) ou le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR), les deux plus importantes. Ces mouvements qui s'inspirent des mouvements féministes sont radicaux car la répression est forte. C'est l'émission de radio de Ménie Grégoire intitulée L'homosexualité ce douloureux problème qui met le feu aux poudres le 10 mars 1971. Des gays et des lesbiennes envahissent le plateau et interviennent à l'antenne. Ce même jour est créé le FHAR. Son existence sera éphémère (3 ans) mais ce mouvement rebelle a joué un rôle important d'agitateur dans les fondements de la Ve République. Cette Ve République qui renforce les lois réprimant l'homosexualité notamment avec le sous-amendement Mirguet adopté en juillet 1960 qui considère l'homosexualité comme un fléau social au même titre que l'alcoolisme ou la prostitution. Le GLH, lui, poursuit ses actions jusqu'à la fin des années 70. Les premières marches parisiennes Samedi 25 juin 1977 : première manifestation homosexuelle autonome à Paris (avant le FHAR participait au défilé du 1er mai). Si cette manifestation ne porte pas le nom Gay Pride, le choix de la date n'est pas sans rapport avec les événements de Stonewall In aux Etats-Unis. La manifestation est organisée par le GLH-PQ (Politique et Quotidien) de Paris contre Anita Bryant, chanteuse américaine homophobe. En 1978, c'est la fin des Groupes de Libération Homosexuels et il n'y pas de marche. En 1979 et 1980, les marches sont organisées par le CUARH (créé aux Université d'Eté de Marseille), elles ne réunissent pas plus de 1000 personnes. Les revendications de la marche sont orientées contre Jean Foyer (député), parce qu'il souhaitait que l'homosexualité soit considéré comme fléau social au même titre que l'alcoolisme. En 1981, la marche a lieu en avril en raison des élections présidentielles, pour la première fois, on voit apparaître le Triangle Rose. 10 à 15 000 personnes participent. En 1981, deux événements modifient le parcours de la vie associative gay. Le premier est l'élection de François Mitterrand. Avec l'avènement de la gauche au pouvoir, l'homosexualité n'est plus un délit. Le 11 juin, une note du ministre de l'intérieur précise : "Aucune discrimination, à plus forte raison aucune suspicion, ne saurait peser sur des personnes en raison de leur seule orientation sexuelle." Le lendemain, c'est le ministre de la Santé qui annonce que l'homosexualité ne figure plus sur la liste des "maladies mentales". Le deuxième événement est l'arrivée d'une nouvelle épidémie qui frappe les gays en premier. Le combat des militants n'est plus la revendication de droits face à un Etat répressif mais de lutter contre une maladie qui tue. De 82 à 85, la marche perd de la vitesse et connaît un moindre succès. En 1985, David Girard (patron de presse et de boites gaies) reprend l'événement et lui donne une couleur très festive et commerciale. En 1986, Raphaël Comby (SOS Racisme) crée la Fédération européenne pour la Gay Pride qui regroupe les associations, les commerces, les médias et les particuliers. Il fait appel à David Girard pour les fonds. L'aspect trop commercial fait fuir les associations. En 1989, Jean Le Bitoux est élu président du Collectif organisateur de la Gay Pride. L'organisation est tripartite : associations, médias et structures commerciales. Il contacte quelques militants. Catherine Marjollet (fondatrice du magazine Lesbia) est la seule femme de l'équipe. Il faut attendre cette année là pour que la marche réunissent toutes les composantes de la communauté gay. C'est la première manifestation publique d'Act Up (1er Die In). Paris de 91 à 2001 En 1991, Jean-Sébastien Thirard remplace Jean Le Bitoux à la présidence de l'association qui s'appelle toujours Gay Pride. La marche s'étend de Bastille à Richelieu-Drouot et réuni 6000 personnes. Mais, si la marche n'avait pas encore bonne presse dans le monde gai, elle intéressait davantage les acteurs majeurs de la société civile. On peut noter à ce sujet que la Ligue des droits de l'Homme a appelé à participer la marche dès mars 1991. Il était en effet très important pour nous d'associer à la Lesbian & Gay Pride d'autres associations de défense des droits de l'Homme, des syndicats... afin d'ouvrir la LGP à la cité et de marquer notre volonté de la "décommunautariser". Pendant neuf ans, ce fut l'un des travaux de l'association LGP que de sensibiliser l'ensemble de la société aux questions soulevées par les gais et les lesbiennes et de lui montrer que notre association est solidaire des antiracistes et de toute organisation qui combattait l'exclusion. La marche n'est pas un mouvement à part, mais un lieu de rassemblement, de revendications et de solidarité ouvert à toutes celles et à tous ceux qui combattent l'ostracisme, une marche ouverte sur la cité. Cette volonté de " décloisonnement " a toujours été nôtre, afin de montrer à la société que les droits des homos et des lesbiennes sont indissociables des droits des autres citoyens. L'homophobie et le racisme ont en effet des points communs parmi lesquels la peur de l'autre, et son rejet. Après la marche de 1991, une délégation fut reçue à l'hôtel Matignon par M. Louis Joinet, conseiller auprès du premier ministre Michel Rocard. La LGP avait invité d'autres associations à participer à cette entrevue afin de rendre cohérent l'aspect fédérateur de l'association.A l'issue de cet entretien, le conseiller de l'Hôtel Matignon nous invita à produire un texte concernant nos différentes revendications : pour la première fois depuis de nombreuses années, le pouvoir politique prenait en compte une manifestation homosexuelle et considérait de nouveau les associations gaies et lesbiennes comme des interlocuteurs fiables. 1992 Cette délégation fut de nouveau reçue par M Joinet le 31 mars 1992. Ce dernier pris note de la représentativité de la délégation, issue d'une grande partie du mouvement militant homosexuel. Les principaux dossiers examinés furent le Contrat d'union civile (CUC) (notre interlocuteur ne nous cacha pas la difficulté de la tâche à accomplir...), et la reconnaissance de la déportation d'homosexuel-le-s. Par contre la marche parisienne de 1992 ne rencontre pas son public avec seulement 5000 participants sous une pluie battante. La forte montée en puissance de la marche parisienne 1993 La marche fut un succès en raison d'une perception différente du défilé par les homosexuel-le-s.L'épidémie de sida avait déjà fait de nombreuses victimes, avec son lot de deuils, de situations dramatiques... et chacun exigeaient des moyens supplémentaires pour lutter contre cette terrible maladie.. Par ailleurs, la médiatisation autour du premier projet de Contrat d'union civile avait fait grand bruit. 1994 1994 fut un véritable succès : plus de 30 000 personnes défilèrent et, parmi elles de nombreux hétérosexuel-le-s solidaires. Ceci nous confirma dans notre volonté d'ouverture. Du coup, la couverture médiatique fut enfin à la hauteur : outre de nombreux quotidiens et hebdomadaire nationaux, les chaînes de télévision firent leur une apparition nettement plus marquée et commentèrent l'événement pour le "20 heures". la Ligue des Droits de l'Homme, Amnesty international et SOS-Racisme décidèrent d'appeler à la marche. 1995 Le succès fantastique de la marche : 80 000 personnes défilèrent de Montparnasse à Bastille. La Lesbian & Gay Pride devenait la première manifestation revendicative de l'année! Le pouvoir devait désormais compter avec elle. De plus, nous avons enfin pu observer une véritable visibilité des lesbiennes au sein de la marche. Le succès à l'Aquaboulevard fut tellement immense que nous dûmes, hélas!, refuser plus de 3 000 personnes. 1996 Paris avait obtenu la participation à la marche du Parti socialiste, du Mouvement des citoyens, des Verts et du Parti communiste en plus de toutes les autres associations de la société civile. Plus de 150 000 personnes défilèrent ce jour-là. Mais, malgré cette réussite historique, seul (ou presque) fut retenu par la presse gaie le désastre de Bercy. La Lesbian & Gay Pride de Paris perdit plus d'un million de francs (152 000 euros). Mais, face à la catastrophe financière de la soirée un appel aux dons a été lancé et n'a que très peu rapporté. Germa alors l'idée de créer une société anonyme qui gèrerait les marques Lesbian & Gay Pride et EuroPride en contrepartie d'une aide financière. Un partage des métiers en quelque sorte. Cette solution se révéla efficace et permit à la LGP, organisation politique, de ne pas disparaître pour une cause financière. 1997 Le fabuleux succès de l'EuroPride Le 27 juin 1997, 300 000 personnes défilèrent dans les rues de Paris, et parmi elles de nombreux étrangers. Beaucoup de personnalités du monde politique ont également défilé derrière le carré de tête. Parmi elles : Dominique Voynet (ministre de l'Environnement), Jack Lang, Bertrand Delanoë... Pendant ce temps, le PACS (déjà revendiqué par la LGP dès 1996) devenait le mot d'ordre majeur des associations du Conseil, en dépit de quelques rares (mais bruyantes) autres qui préféraient défendre le mariage ou l'adoption. Les organisateurs de Lesbian & gay pride pensaient d'abord qu'il s'agissait de leur part d'une erreur stratégique : à tout demander d'un coup, nous risquions de ne rien obtenir. Mais surtout, nous voyions dans le PACS une avancée moderne et universelle de nos droits. En 1998 ,1999 et 2000 200 000 personnes défilèrent dans les rues de Paris portant haut et fort la revendication du PACS. Et si nous rendons ici hommage au travail du Collectif pour le PACS, l'importance de la manifestation n'est pas étrangère, loin de là, à l'adoption de cette proposition de loi par le Parlement. En 2001 Les chiffres de participations de la marche explosent est à 500 000 personnes. Et pendant ce temps là en province…. En 1994, une réunion nationale des organisateurs de LGP eut lieu à Tours (où se déroulait une manifestation contre le maire Jean Royer qui refusait à la Maison des Homosexualités de la ville de lui fournir une salle pour organiser une fête) afin de jeter les bases d'une coordination nationale. En 1994, des groupes rennais et marseillais organisèrent leur première marche. En 1994, la manifestation cesse d'être un événement uniquement parisien : Marseille et Rennes organisent une marche. En 1995, d'autres villes organisent la LGP : Nantes, Toulouse et Montpellier rejoints par Bordeaux, Cannes, Lille et Lyon en 1996. En 1997, l'Europride se fait à Paris. C'est un véritable succès pour la capitale où 300 000 personnes venues du monde entier défilent joyeusement. Montpellier se fera remarquer par la bonne ambiance de son char. En 1998, Angers improvise sa première Marche. En 1999, les 11 associations organisatrices de Marche Homosexuelles ou Lesbian & Gay Pride se regroupent au sein d'une Coordination Nationale : Interpride France. Le 2 juin 1995, nous étions 1300 à marcher dans les rues de Montpellier, 2300 le 8 juin 1996, 4000 le 14 juin 1997, 5000 le 6 juin 1998 et 6000 depuis 1999, un succès reconnu par la presse, la télévision, les participants et les Montpelliérains. La participation et le soutien des associations et établissements contribuent à ce succès. 33 ans plus tard... Aujourd'hui, la perception sociale de l'homosexualité a évolué, mais il reste encore du chemin à parcourir. Nous pouvons nous réjouir de certains événements comme les "Coming out" de plus en plus de personnalités politiques, sportives et autres. Nous pouvons apprécier de voir l'homosexualité envahir les médias, la littérature et le cinéma. Nous pouvons nous féliciter d'avoir eu des candidatures officiellement homosexuelles sur certaines listes pour les Européennes en 99. Et finalement, nous avons enfin obtenu le PaCS qui inscrit une reconnaissance de nos couples dans les textes de loi. La visibilité a ses bons côtés mais elle peut aussi se retourner contre nous. Le débat sur le PaCS a révélé l'homophobie existant au sein même de nos élus et nous devons continuer à faire avancer nos droits de citoyen. Tant qu'on n'existe pas, on ne dérange pas mais ce n'est pas pour autant qu'on se sent mieux dans sa peau. Combien cachent encore leur homosexualité et adoptent la philosophie "pour vivre heureux, vivons cachés ?" Combien de jeunes se sentent complètement désorientés de ne pas avoir de références positives ? Les débats, les manifestations anti-PaCS ont prouvé que l'homophobie est toujours d'actualité. Comment après trente ans de lutte pour notre respect, pouvons-nous encore admettre de tels propos sans rien dire ? Comment à l'aube d'un nouveau millénaire, pouvons-nous tolérer d'être encore considérés comme des malades ? Aujourd'hui, dans plusieurs pays européen (dont la France fait partie depuis le 21 avril 2002), les gays et les lesbiennes ont peur pour leur avenir. Nous ne pouvons accepter cela ni pour eux aujourd'hui, ni pour nous, peut-être un jour. Avec le PaCS, la communauté homosexuelle a prouvé qu'elle pouvait être porteuse de réformes sociales. Mais il y a encore du chemin à faire pour que le PaCS soit un vrai contrat de reconnaissance du couple, il devra évoluer et se débarrasser de ses délais. Avec le thème de la Marche 2002 : "Liberté d'aimer, Egalité des droits, Fraternité contre l'homophobie", nous voulons élargir le débat. Subir une discrimination en raison de son orientation sexuelle est comme subir une discrimination parce qu'on est femme ou d'une autre race. L'homophobie comme le sexisme ou le racisme doit être punie par la loi. Le 1er juin 2002, tous ceux et toutes celles qui sont sensibles au respect des Droits de l'Homme et de la Femme marcheront avec nous dans les rues de Montpellier.
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